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Appuis communautaires et familiaux

Dernière modification: July 03, 2013

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  •  Dans les communautés affectées par les conflits, les réseaux familiaux et communautaires connaissent de graves perturbations dues aux décès, à la séparation et au déplacement des familles, ainsi qu’à un sentiment général de peur et de méfiance à l’égard des autres communautés. Même lorsque ces réseaux sont intacts, les communautés affectées par les conflits peuvent bénéficier et bénéficient effectivement d’un accès accru aux appuis communautaires et familiaux (IASC, 2007).
    • Population cible: Toutes les populations affectées
    • Actions et activités suggérées:
      • Mettre en œuvre des mécanismes d’appui communautaire et activer les réseaux sociaux tels que les groupes de soutien féminins et masculins, les groupes de dialogue et les programmes d’éducation et de plaidoyer communautaires. 
      • Mener des campagnes de sensibilisation et de plaidoyer. Ces campagnes doivent promouvoir les stratégies d’adaptation constructives, la réduction de la stigmatisation liée à la violence à l’égard des femmes et des filles, et l’acceptation des survivantes. 
      • Tenir compte des difficultés particulières des femmes et des filles LBT qui sont rejetées par leur famille et leur communauté en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité sexuelle (OHCHR, 2011). Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer les façons optimales d’appuyer ces femmes et ces filles dans les sociétés où l’orientation ou l’identité non hétérosexuelle sont criminalisées; il convient aussi de tenir compte de la forte politisation de la question dans certaines régions.
      • Veiller à ce que soient en place des stratégies communautaires d’entraide et de résilience pour appuyer les survivantes et les personnes vulnérables à la violence à l’égard des femmes et des filles.
      • Appuyer les cérémonies traditionnelles de guérison et de purification axées sur les survivantes.
      • Appuyer les processus de justice réparatrice axés sur les survivantes. 
      • Élaborer des programmes d’éducation parentale.
      • Mettre en œuvre des activités d’éducation formelles et informelles. 
      • Mettre en œuvre des initiatives de moyens d’existence et d’autonomisation socioéconomiques.
      • Veiller à ce que toutes les interventions soient inclusives socialement et impliquent les dirigeants locaux (femmes, hommes et jeunes) (adapté d’après UNFPA, 2012; IASC, 2007; et WHO, 2012).
  • Les activités menées sur le terrain ont permis de constater la pertinence particulière des interventions communautaires suivantes:

a. Espaces sûrs (adapté d’après IRC, 2012 et WHO, 2012)

  • Les espaces sûrs sont des lieux où les femmes et les filles peuvent recevoir des services compassionnés, appropriés et confidentiels et où elles peuvent se réunir en toute sécurité pour avoir des activités sociales. Ils peuvent être établis au sein d’un local déjà en place tel qu’un centre communautaire ou un centre pour femmes, ou dans un lieu social quelconque. Ces espaces comprennent, par exemple, des centres d’activités féminins, des centres de bien-être, des groupes de soutien, des centres de halte-accueil et des espaces conviviaux pour enfants. Ils peuvent servir à diverses activités et proposer divers services, tels que:  
    • Conseils psychosociaux et appui psychologique individuels pour les survivantes de la violence à l’égard des femmes et des filles;
    • Sessions de dialogue et de partage d’information sur divers sujets présentant un intérêt pour les femmes et les filles, tels que la santé, l’assainissement, la violence ou le soin des enfants;
    • Activités de renforcement des aptitudes et des connaissances, notamment cours d’alphabétisation et d’arithmétique, d’éducation sanitaire ou de couture; 
    • Activités récréatives telles que sports, danse, théâtre, métiers d’art, narration.
  • S’il peut, dans certains cas, y avoir des centres et des structures en place, il n’en est pas ainsi dans de nombreuses situations de crise humanitaire.  Par ailleurs, au début d’une situation d’urgence, il peut être difficile d’établir des structures permanentes ou provisoires pour aménager des espaces sûrs. Lors de la mise en œuvre de programmes de réponse psychosociale, il convient de se concentrer sur l’établissement d’espaces sûrs provisoires au début de la situation d’urgence en songeant au transfert de ces espaces vers des structures durables, une fois la situation stabilisée (IRC, 2012). 

 

Exemple: Les Centres pour femmes de l’International Rescue Committee (IRC) au Darfour. 

L’International Rescue Committee (IRC) gère dix Centres pour femmes au Darfour méridional, septentrional et occidental, où il s’attache à répondre à leurs besoins Les femmes peuvent y accéder à des ressources, des appuis et des références d’une importance vitale pour les survivantes de violences sexuelles. Dans les situations où le viol est employé comme arme de guerre, il est fréquemment pratiqué collectivement, de même que les autres actes de violence sexuelle, envers des groupes de femmes. Néanmoins, en l’absence d’espaces sûrs reconnus et accessibles, où elles sont encouragées à s’exprimer, les survivantes s’abstiennent souvent de parler de leur agression collective. Les Centres pour femmes s’efforcent de créer un environnement où les survivantes se sentent bienvenues et en sécurité. À mesure que les femmes commencent à partager leurs expériences et qu’elles se rendent compte qu’elles ne sont pas seules dans leur situation, les obstacles qui les empêchent de demander de l’aide – honte, crainte d’être ostracisées, crainte de se distinguer des autres – disparaissent. Chaque centre possède une équipe de facilitateurs/facilitatrices qui expliquent les services disponibles et dispensent des conseils psychosociaux immédiats si nécessaire. Des assistances sociales formées sont disponibles pour écouter les survivantes leur faire part de leur expérience et de leurs préoccupations, leur proposer des choix et les aider à accéder aux ressources et aux services dont elles ont besoin. Les Centres pour femmes organisent également des activités pour renforcer les capacités des femmes et les autonomiser. Chaque centre propose une large gamme d’activités: cours d’alphabétisation et de formation professionnelle, activités de soutien affectif et possibilités d’interaction sociale telles que danse, groupes de tambour et chant.  Les centres proposent aussi périodiquement des sessions d’information sur divers sujets, à la demande des femmes, tels que la santé reproductive, les droits, le soin des enfants, la gestion des camps et l’éducation.  Les Centres pour femmes jouent un rôle vital en facilitant les échanges d’information, en permettant aux femmes d’accéder à des ressources et en promouvant l’établissement de relations directes entre les femmes et les autres acteurs qui sont en mesure d’influer sur l’environnement matériel et la qualité de vie des femmes déplacées et de leur famille.  

Source: Extrait de Lowry C. 2007. Women’s centres: spaces of empowerment in Darfur [Les centres pour femmes: espaces d’autonomisation au Darfour], in: Sexual violence: Weapon of war, impediment to peace [Les violences sexuelles, armes de guerre et obstacles à la paix]. Forced Migration Review. 27: p. 43 (UNFPA)

 

Exemple: Les espaces sûrs de MSF au Burundi.

En réponse aux viols et aux violences à l’égard des femmes et des filles en relation avec les conflits, Médecins sans Frontières (MSF) a ouvert le centre de santé de Seruka à Bujumbura (Burundi) en 2004. Le lancement d’un tel projet a présenté certaines difficultés dans un pays où le terme de «  viol  » n’existe pas dans le vocabulaire local. Pour éviter la stigmatisation, le centre offre toute une gamme de services de santé pour les femmes, notamment de planification familiale, de soins des IST et de traitement des victimes de la violence à l’égard des femmes et des filles. Les patientes bénéficient d’un suivi médical à six mois ainsi que d’appuis psychosociaux. Les assistantes sociales de MSF orientent les patientes vers d’autres ONG et des groupes communautaires locaux qui peuvent leur fournir une assistance de longue durée et les accompagner au cours des procédures juridiques et lors des contacts avec les autorités. Chaque mois, plus de 100 femmes passent outre aux tabous liés aux violences sexuelles et se présentent au dispensaire du centre. MSF a constaté que ce genre de centres et de programmes visant la violence à l’égard des femmes et des filles semble particulièrement bien adapté aux situations de post-conflit ou d’absence de conflit. C’est ainsi, par exemple, que le projet décrit ci-dessus a vraiment démarré lorsque la guerre civile est arrivée à sa fin. MSF a remarqué qu’au cours des conflits, les victimes de violences à l’égard des femmes et des filles ont des préoccupations supplémentaires concernant leur sécurité ou les répercussions dans un environnement anarchique caractérisé par la violence et l’impunité.

Source : Adapté d’après Lebrun, C. and Derderian, K., 2007, pp. 50-51.

 

Exemple: Le Centre de santé pour femmes du camp de réfugiés d’Al-Bureij (Bande de Gaza, Territoire palestinien occupé). 

Le Centre de santé pour femmes d’Al-Bureij, appuyé par l’UNFPA, a été établi en 1995 par l’Association pour la culture et la libre pensée, avec l’assistance technique d’AIDOS, l’Association italienne pour les femmes dans le développement. Il dispense une large gamme de services  : soins prénatals et post-natals, planification familiale, conseils psychosociaux et juridiques, éducation sanitaire, physiothérapie, classes d’exercice et analyses de laboratoire. Il possède également une Unité d’intervention auprès des conjoints qui met en œuvre un programme «  d’homme à homme  » et de conseils de groupe qui traitent de la violence domestique. Le centre offre des services spécialisés pour des sommes minimes et il organise des foires de la santé pour offrir des services gratuits aux familles et aux personnes économiquement faibles ou marginalisées 

Source : Adapté d’après UNFPA, 2005. 

b. Renforcement des aptitudes, activités sociales et autonomisation socioéconomique

  • Une fois la phase aigüe de la crise humanitaire terminée, les prestataires de services actifs dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes et des filles peuvent commencer à travailler avec les groupes locaux de femmes et de filles pour entreprendre des activités de renforcement des compétences (telles que des classes d’alphabétisation et d’arithmétique) et des activités sociales culturellement appropriées pour les femmes et les filles (IRC, 2012). Ces activités ont pour effets de:
    • Réduire la stigmatisation liées à l’apport de services ou d’interventions visant exclusivement les survivantes;  
    • Faciliter l’accès des survivantes aux activités de renforcement des compétences et aux appuis pour favoriser leur autonomisation et leur habilitation;
    • Offrir aux survivantes un point d’accès supplémentaire où elles pourront obtenir des services et des informations à leur propre rythme; 
    • Offrir un exutoire par le biais d’activités à visée affective et de guérison aux survivantes qui n’ont pas besoin d’appui plus individualisé ou plus intensif (extrait de IRC, 2012, p. 66).
  • Bien que les activités sociales et de renforcement des compétences soit parfois dites «  socioéconomiques  » ou «  de génération de revenus  », elles visent, dans les situations d’urgence, des buts psychosociaux et non pas économiques. Abstraction faite de l’impact démontré des difficultés économiques sur la vulnérabilité, l’établissement d’activités génératrices de revenus dans le cadre des situations d’urgence peut présenter des difficultés. Il convient dans ces situations de veiller prioritairement à ce que les survivantes de la violence à l’égard des femmes et des filles (et des femmes et des filles vulnérables à cette violence) aient accès à des appuis vitaux. Une fois la situation stabilisée, il peut se présenter des occasions favorables à l’établissement d’activités de génération de revenus dans le long terme, telles que des caisses d’épargne et de crédit au niveau des villages (adapté d’après IRC, 2012). Il a été démontré que ces activités d’autonomisation socioéconomiques peuvent contribuer au bien-être mental et psychosocial des survivantes de la violence à l’égard des femmes et des filles et réduire la stigmatisation liée à cette violence (IRC, 2012 & WHO, 2012). En outre, lorsque la situation humanitaire l’autorise, on peut combiner divers éléments de renforcement des compétences, d’activités sociales et d’autonomisation socioéconomique pour offrir un appui maximal. Voir une étude de cas sur l’autonomisation sociale et économique des femmes au Burundi; voir IRC, n.d.; voir aussi la section Moyens d’existence.)

 

Exemple: Mesure de l’impact: le bien-être social, psychologique et économique des survivantes de violences en RDC 

En République démocratique du Congo, l’IRC forme et encadre des gestionnaires de cas d’ONG locales à la prestation de services psychosociaux pour les survivantes. Cette initiative s’est avérée efficace, mais les gestionnaires ont signalé la nécessité de l’acquisition d’aptitudes supplémentaires pour faire face au grand nombre de clientes, répondre à leurs multiples besoins et offrir des options viables en matière d’orientation de celles qui ont besoin de soins spécialisés. Par ailleurs, l’IRC a constaté que les survivantes avaient besoin d’un accès accru aux ressources économiques, du fait de leur aliénation fréquente par leurs amis et leur famille.  Pour répondre aux besoins économiques et psychosociaux des survivantes, l’IRC a mis en place deux programmes nouveaux et novateurs au Sud-Kivu, dans l’est de la RDC  : un programme économique axée sur les caisses d’épargne et de crédit villageoises (CECV) et un programme de santé mentale reposant sur un type de thérapie de groupe dit Thérapie du processus cognitif (TPC) de groupe. Ces programmes ciblent les survivantes qui éprouvent des difficultés à s’acquitter de tâches journalières et qui présentent des symptômes prononcés de détresse. L’objectif ultime de l’IRC est de repérer des interventions efficaces par rapport au coût et amplifiables qui améliorent le bien-être psychologique, social et économique des survivantes de violences sexuelles vivant dans l’est de la RDC.

Programme économique: Le modèle des caisses d’épargne et de crédit villageoises (CECV) a été élaboré pour offrir un système d’épargne communautaire aux gens qui n’ont pas accès aux banques ou aux institutions de microfinance. Des groupes auto-sélectionnés de 15 à 25 personnes forment des associations indépendantes dont chaque membre contribue à une caisse d’épargne commune. Les membres peuvent faire des emprunts qu’ils remboursent avec intérêt à la caisse commune. À la fin d’un cycle, généralement d’un an, les membres retirent leurs avoirs, à savoir les sommes qu’ils ont épargnées plus l’intérêt. L’IRC a mis en œuvre des CECV dans plusieurs programmes et a trouvé les résultats prometteurs. Il considère ce modèle fondé sur la confiance entre les membres du groupe comme un outil important favorable à la solidarité et à la cohésion sociale entre les femmes, qui contribue à la réinsertion sociale des survivantes. 

Programme de santé mentale: La thérapie du processus cognitif (TPC) de groupe s’est avérée efficace, les recherches l’ont démontré, pour aider les survivantes d’actes traumatisants et pour atténuer divers symptômes de dépression, d’anxiété et de troubles post-traumatiques; elle a été adaptée ici pour tenir compte des spécificités culturelles. Des assistants psychosociaux locaux, formés par des experts basés aux États-Unis, administrent la thérapie à des groupes de 6 à 8 femmes. Ils le font sous supervision directe et bénéficient d’une assistance pour résoudre les problèmes qui se présentent; les formateurs des États-Unis assurent la supervision et l’assurance qualité à distance.

Voir l’évaluation du programme disponible en anglais.

Source: