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Conception et aménagement d’espaces publics sûrs pour les femmes et les filles

Qu’entend-on par conception et aménagement d’espaces publics sûrs pour les femmes et les filles?

La conception et l’aménagement d’espaces publics sûrs pour les femmes et les filles consistent en la création d’espaces publics dotés d’équipements destinés à renforcer la sécurité ou le sentiment de sécurité des femmes et des filles et à diminuer leur insécurité ou leur sentiment d’insécurité. Les urbanistes, les concepteurs et les architectes de tels projets attachent une importance particulière aux éléments comme l’éclairage, l’aménagement paysager, la visibilité, la circulation motorisée, la circulation piétonnière, le mobilier urbain, les recoins pouvant servir de cachettes, la signalisation, le personnel de sécurité, la proximité d’autres espaces publics, la proximité des services d’urgence, et l’accès aux transports publics. Chaque élément fait l’objet d’un examen minutieux du point de vue des femmes et des filles qui utilisent les espaces publics.

La conception et l’aménagement sécuritaires ne s’arrêtent pas aux simples caractéristiques concrètes et physiques d’un espace, bien que dans un premier temps, les interventions puissent se situer à ce niveau dans les programmes de villes sûres pour les femmes (Werkerle, 2000, 47). C’est un processus nécessairement participatif au cours duquel les membres de la communauté (notamment les femmes) joignent leurs efforts pour créer des espaces favorisant des relations sociales solides. À cette fin, les urbanistes et les concepteurs devront étudier attentivement les modalités d’expression et d’interaction des gens dans les espaces publics. Au cours d’une journée donnée, les espaces publics sont le théâtre d’innombrables interactions sociales entre hommes et femmes, ce qui les sexualise. Par exemple, dans une cour d’école, les filles se réunissent sous un certain arbre pour regarder les garçons qui jouent sur le terrain de football. Peu à peu, l’espace environnant de l’arbre est perçu comme étant « l’espace des filles » et le terrain de football comme « l’espace des garçons ». Cela risque de poser problème car les espaces publics devraient appartenir à tout le monde et tout le monde devrait pouvoir s’en servir : les filles devraient se sentir libres d’utiliser le terrain de football et les garçons de s’asseoir sous l’arbre. C’est pourquoi la conception et l’aménagement d’espaces publics sécuritaires pour les femmes impliquent également l’analyse des différentes utilisations des espaces publics, de l’identité des usagers, des heures d’utilisation et du temps d’utilisation. Il faut également déterminer quels sont les usagers qui s’abstiennent d’utiliser certains espaces, ainsi que les heures et les raisons de ce comportement. En effet, lorsque certains groupes, tels que les femmes et les filles, n’utilisent pas un espace donné, cela indique généralement qu’ils ne s’y sentent pas en sécurité.

La conception et l’aménagement d’espaces publics sécuritaires pour les femmes et les filles exigent également un examen constant des caractéristiques physiques et sociales des espaces, de même qu’une évaluation constante des ramifications sociales et économiques du processus de conception et d’aménagement. La conception et l’aménagement d’un espace peuvent soit accentuer les inégalités entre les sexes soit faire avancer l’égalité entre les sexes. Ces processus constituent donc un aspect fondamental de la création de villes sûres pour les femmes et les filles.            

Il faut accorder une attention toute particulière aux questions liées aux sexospécificités lors de la planification et de la conception des services essentiels dans les communautés. Il est fréquent, lorsque les services essentiels sont mal planifiés ou mal conçus, que les femmes et les filles soient celles qui souffrent les plus de l’insécurité qui en résulte. Par exemple, « le harcèlement sexuel est généralisé lorsque les filles sortent pour aller satisfaire leurs besoins naturels. Des hommes se déguisent en femmes et vont se cacher dans les champs... Il y a eu des cas où des filles ont été enlevées alors qu’elles étaient dans les champs et où des hommes ont été arrêtés pour les avoir harcelées sexuellement. Après 23 heures, il est généralement interdit aux filles d’aller dans les champs sans être accompagnées par un ancien. » (Plan International, 2010, 56).

La conception et l’aménagement d’espaces publics sécuritaires pour les femmes et les filles est un processus au cours duquel urbanistes, concepteurs, architectes, organisations de femmes, associations locales et autres acteurs communautaires joignent leurs forces pour rendre les éléments physiques des espaces publics sécuritaires et accueillants pour les femmes. Les espaces publics sombres, déserts, sales, envahis par la végétation, ou sans équipements tels que les bancs ou les bornes téléphoniques d’urgence risquent de présenter des dangers pour tout le monde, mais surtout pour les femmes et les filles. Il est peu probable que celles-ci fréquentent des lieux où elles ont peur et/ou elles risquent d’être victimes de violence. Il faut donc, au stade de la conception et de l’aménagement des projets d’urbanisme sécuritaire pour les femmes et les filles, tenir compte des besoins de celles-ci en matière de sécurité. Il est prouvé que les espaces fréquentés par les femmes le sont également par plus de monde. Les rues, les parcs, les arrêts de bus, les terrains de sport, les places publiques, les parkings, etc., qui ont été conçus et aménagés en tenant compte des besoins de sécurité des femmes et des filles présentent les caractéristiques suivantes :

  • Accès facile en direction et en provenance de l’espace
  • Déplacement facile à l’intérieur de l’espace
  • Bon éclairage permettant de voir et d’être vu
  • Panneaux de signalisation faciles à lire
  • Passages dégagés bien entretenus où les usagers se voient facilement les uns les autres
  • Bonne visibilité de l’espace tout entier, sans recoins pouvant servir de cachette
  • Espace à usages multiples : détente, marche à pied, jeux, restauration, exercices physiques, etc., pour différents groupes d’usagers à différents moments de la journée
  • Installations saisonnières (offrant de l’ombre par temps chaud et protection du froid)
  • Équipements pour enfants et personnes âgées (dont les femmes sont souvent les gardiennes), ce qui, en milieu urbain, signifie trottoirs bas et larges pour les poussettes, fauteuils roulants et déambulateurs, et zones à vitesse réduite
  • Toilettes propres, sécuritaires, faciles d’accès avec endroits pour changer les couches

 

Pourquoi la conception et l’aménagement d’espaces publics sécuritaires pour les femmes et les filles sont-ils importants ?

La conception et l’aménagement d’espaces publics sécuritaires pour les femmes et les filles sont importants car ils permettent de créer des espaces publics qui offrent à tous les usagers de ces espaces les mêmes possibilités de s’y ressourcer en paix et sans danger. Il est établi, en effet, que l’aménagement des espaces urbains influence la manière dont les femmes utilisent le domaine public et en tirent profit.

La conception et l’aménagement d’espaces publics sécuritaires pour les femmes et les filles sont importants car ils permettent de :

  • Sensibiliser au fait que l’espace n’est pas neutre; l’aménagement de l’espace peut faciliter ou entraver son utilisation, son appropriation et la sécurité des femmes et des filles.
  • Reconnaître que les questions de genre et les relations entre les sexes sont les facteurs clés à prendre en considération pour l’aménagement et le développement des espaces urbains.
  • Reconnaître que la ville reflète du point de vue spatial des caractéristiques sociales, économiques et historiques particulières correspondant à la situation locale des femmes dans toute sa spécificité.
  • Reconnaître que les espaces urbains reflètent les relations de puissance qui déterminent les comportements des hommes et des femmes et les différences qui se manifestent dans leur existence.
  • Reconnaître que les espaces publics urbains sont aménagés en règle générale suivant une conception traditionnelle de la famille et une division traditionnelle du travail entre les femmes et les hommes (les hommes utilisant l’espace public comme travailleurs, les femmes comme gardiennes et ménagères chez elles et dans les espaces privés). En outre, la conception et l’aménagement sécuritaires pour les femmes encouragent l’adoption de mesures qui visent à modifier l’organisation spatiale de manière à refléter l’évolution des rôles des femmes et des hommes dans la société.
  • Reconnaître que les craintes des femmes sont fondées sur la réalité (rapports entre les sentiments de peur et les situations de violence subie) et que les femmes savent quand et où elles ne se sentent pas en sécurité dans les villes et pourquoi.
  • Servir de facteur utile d’amélioration de la qualité de la vie urbaine et communautaire et d’atténuation de la peur et de la victimisation des femmes.
  • Reconnaître que la non-utilisation par les femmes et les filles de certains espaces publics au motif qu’ils ne sont pas sécuritaires entraîne une insécurité croissante pour les femmes et les autres usagers. La conception et l’aménagement d’espaces publics pour les femmes sont par conséquence un facteur puissant d’amélioration de la qualité de la vie urbaine et communautaire pour tous, et d’atténuation des craintes et de la victimisation des femmes.
  • Encourager le droit à la ville et à la citoyenneté des femmes et des filles comme condition de l’établissement de villes et de communautés équitables et durables.

 

Leçons à retenir :

La meilleure façon de garantir la convivialité des espaces pour les femmes et les filles est de consulter celles à l’intention desquelles ces espaces sont aménagés. Il convient toutefois de se rappeler que les femmes et les filles auront parfois du mal à participer aux débats sur la conception et l’aménagement pour de multiples raisons. Il est recommandé aux personnes et aux organisations qui souhaitent impliquer les femmes et les filles dans le processus de conception et d’aménagement des espaces publics d’examiner les points énoncés dans la liste ci-dessous.

La participation des femmes aux débats publics sur l’aménagement de communautés plus sûres risque d’être remise en question du fait des facteurs suivants :

  • Elles éprouvent des difficultés à se rendre aux réunions ou à en revenir;
  • Elles ignorent les problèmes relatifs à la sécurité des femmes car le grand public et les médias en parlent peu;
  • Elles peuvent avoir intériorisé/accepté certaines formes de violence sexiste (harcèlement sexuel) comme naturelles et ne pas les considérer comme un problème;
  • Elles éprouvent des difficultés à lire la documentation en préparation du débat;
  • Elles n’ont pas les moyens d’assurer la garde de leurs enfants en leur absence;
  • Elles n’ont pas le temps de participer aux débats en raison d’obligations professionnelles/familiales/bénévoles;
  • Elles ne peuvent pas participer aux réunions en raison de l’horaire de celles-ci;
  • Leur culture n’approuve pas de telles activités;
  • Elles n’ont pas l’appui de leurs conjoint ou amis;
  • Elles sont mal à l’aise pour s’exprimer en public;
  • Elles sont pauvres et pensent ne pas être à la hauteur;
  • Elles sont handicapées et ne peuvent accéder à l’endroit des réunions;
  • Elles ne savent pas qu’il y a des ressources prévues dans la communauté pour appuyer la sécurité des femmes;
  • Elles n’ont pas d’ordinateur pour se renseigner sur les débats;
  • Elles ne parlent pas la langue dans laquelle se déroule le débat
  • Elles ont des préoccupations personnelles plus immédiates comme la pauvreté et les problèmes de santé;
  • Elles ne trouvent pas l’endroit où le débat a lieu;
  • Elles ne se sentent pas en sécurité à l’endroit du débat;
  • Elles doivent s’occuper de parents âgés et n’ont pas de temps libre;
  • Elles ne s’estiment pas suffisamment intelligentes pour participer aux débats;
  • Elles ont participé à des réunions publiques et en ont gardé un mauvais souvenir;
  • Elles se sentent intimidées par un public nombreux et/ou par la présence de personnalités;
  • Elles hésitent à s’exprimer en présence d’hommes;
  • Elles estiment que leurs préoccupations sont sans intérêt pour autrui en raison de leur âge (qu’elles soient jeunes ou âgées);
  • Elles se désintéressent des questions de politique publique.

 

Source : Dame, T. et A. Grant. 2001. Kelowna Planning for Safer Communities Workshop Report. Cowichan Valley Safer Futures Program, Canada: page 17. Disponible en anglais.

Voir la section relative à l’aménagement d’espaces publics sécuritaires dans la section de la mise en application des programmes.