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Entretiens avec des informateurs clés

Les entretiens sont l’un des moyens de collecte de données les plus couramment utilisés pour l’appréciation des besoins, la recherche, le suivi et l’évaluation. Des entretiens de cette nature peuvent s’effectuer dans le cadre des audits de sécurité, des groupes de discussion ou de la surveillance du respect des droits de l’homme.

Toutefois, l’enquêteur doit accorder une attention particulière aux considérations éthiques dans ses entretiens avec les victimes de la violence ou autres personnes sur la question de la violence à l’égard des femmes.

Les considérations éthiques et sécuritaires énoncées ci-après entrent en jeu chaque fois que des victimes de la violence ou autres personnes sont interviewées sur le sujet de la violence à l’égard des femmes (Organisation mondiale de la santé, 2003):

  •  Ne pas nuire: Traiter chaque femme et situation comme si le risque de préjudice était extrême jusqu’à preuve du contraire. Ne jamais mener un entretien qui risque d’aggraver la situation d’une femme, dans l’immédiat ou à plus long terme.
  •  Connaître son sujet et évaluer les risques: Apprendre à connaître les risques liés à la violence à l’égard des femmes et/ou le cas particulier de chaque femme ou fille avant de mener l’entretien.
  •  Préparer tous les renseignements relatifs à l’orientation: Être prêt à donner des renseignements dans la langue maternelle d’une femme ou dans la langue locale (si elle est différente) sur les services juridiques, sanitaires, d’hébergement, d’assistance sociale et de sécurité appropriés et, le cas échéant,  à les aider à s’orienter. Ne pas offrir des conseils ou faire des promesses qu’on ne peut pas tenir.
  •  Bien choisir et former les enquêteurs, les interprètes et les  collègues de travail: Veiller à ce que les enquêteurs soient formés aux dynamiques de la violence contre les femmes et aux risques de traumatisme secondaire. Peser les risques et les avantages liés à l’utilisation d’interprètes, de collègues de travail ou d’autres personnes, et élaborer des méthodes de sélection et de formation adaptées.
  •  Garantir l’anonymat et la confidentialité: Protéger l’identité et la confidentialité de la victime tout le long de l’entretien, à partir du moment où celle-ci est contactée jusqu’au moment où tous les renseignements qu’elle a fournis sont rendus publics.
  •  Obtenir un consentement averti. S’assurer que chaque répondant comprend parfaitement la teneur et l’objectif de l’entretien, l’utilisation prévue des informations qu’il fournit, son droit de ne pas répondre aux questions, son droit de mettre fin à l’entretien à tout moment, et son droit d’imposer des restrictions quant à l’utilisation des informations fournies.
  •  Écouter et respecter l’évaluation de chaque femme de sa situation et des risques pour sa sécurité. Prendre conscience du fait que chaque femme peut avoir ses propres préoccupations, et que sa façon d’appréhender ses préoccupations peut être différente de celle des autres personnes, y compris l’enquêteur. Reconnaître que les victimes elles-mêmes sont souvent les mieux placées pour évaluer les risques auxquels elles s’exposent.
  •  Ne pas traumatiser une nouvelle fois la victime: Ne pas poser des questions susceptibles de provoquer une réponse émotive. Être prêt à réagir à la détresse d’une femme et à mettre en valeur ses points forts.
  •  Être prêt pour une intervention d’urgence: Être prêt à intervenir lorsqu’une femme ou une fille affirment être en danger imminent.
  •  Utiliser à bon escient les renseignements recueillis. Utiliser les renseignements pour servir les intérêts de la femme ou favoriser, de manière générale, la mise au point de politiques judicieuses et de bonnes interventions en faveur des femmes et des filles.
D’autres ressources liées aux normes éthiques des entrevues portant sur les atteintes aux droits humains des femmes et des filles se trouvent dans la section Éléments essentiels de la programmation sur ce site Web.

 

Iran - Méthodologie de collecte d’informations sur l’accès à la justice

Une évaluation réalisée par le PNUD sur la question de l’accès à la justice des femmes en Iran a utilisé de nombreuses méthodologies, dont l’examen de la documentation existante, des entrevues avec des informateurs clés, des questionnaires et des groupes de discussion. Deux cent quatre personnes au total ont été interviewées à cette occasion, dont 47 juges femmes, 45 juristes femmes, 54 détenues et 56 plaignantes. Des membres de deux organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent sur des questions juridiques touchant les femmes ont également été interviewées. Le rapport de recherche a indiqué que “la sélection des personnes interviewées s’est faite à l’intérieur des différents organismes. Des lettres ont été adressées à un responsable de la coordination dans les tribunaux, pour être ensuite distribuées aux juges et aux juristes les encourageant à participer à l’évaluation. Les juristes qui ont accepté ont été interviewés à leurs cabinets, alors que les magistrats ont reçu la visite des enquêteurs au tribunal. L’équipe de recherche a contacté les plaignantes dans les tribunaux et à la Clinique médico-légale où celles-ci passent des examens de santé. Les détenues ont été invitées à participer à l’évaluation par le truchement des autorités pénitentiaires. Celles des détenues qui avaient été récemment remises en liberté ont été contactées dans les refuges pour les détenues nouvellement libérées qui n’avaient pas un logement. Les organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent sur des questions juridiques relatives aux femmes y ont également participé et fourni des renseignements sur leurs activités”.

Étant donné que l’évaluation a mené des entrevues à la fois avec des plaignantes et des femmes détenues ou récemment libérées, les préoccupations éthiques et sécuritaires ont prévalu. Les chercheurs ont tenu compte du fait qu’en raison du caractère sensible du sujet, toute personne qui s’engageait à participer à l’évaluation accomplissait un véritable “acte politique”. Des dispositions strictes en matière de confidentialité et d’anonymat ont été prises pour la protection des participants. En outre, cette évaluation a pu être réalisée grâce aux travaux précédemment menés par l’équipe de recherche sur le système judiciaire iranien, ce qui lui a permis de gagner la confiance des principaux responsables de l’appareil judiciaire du pays. L’équipe de recherche a versé des indemnités aux participants et les ont orientés, le cas échéant, vers d’autres ressources. La réalisation de l’étude a donné lieu à de nombreuses recommandations présentées aux autorités gouvernementales iraniennes, notamment pour ce qui concerne des modifications au code pénal et le renforcement du soutien accordé aux organisations non gouvernementales.

Des instruments d’enquête, y compris des questions qualitatives et quantitatives figurent dans les annexes du rapport.

Source: Programme de l’ONU pour le développement. 2007. Access to Justice for Disadvantaged Groups: The Case of Women in Iran.  

Une entrevue fructueuse exige que l’enquêteur ne porte pas de jugement, qu’il établisse un bon rapport avec la personne interviewée et qu’il exprime clairement  des questions complexes, qu’il ait un comportement professionnel, qu’il se montre courtois, compétent et attentif aux problèmes, qu’il soit bien préparé et qu’il procède à son enquête en évitant la confrontation ou la contestation. En règle générale, les enquêteurs doivent être compétents pour mener une entrevue,  connaître les questions et le contexte, et se montrer respectueux vis-à-vis de la personne interviewée. La réalisation d’entrevues efficaces passe par les étapes suivantes:

  • Définir l’objectif de l’entrevue;
  • Choisir les personnes à interviewer ou indiquer les critères de sélection des personnes à interviewer;
  • Élaborer une série de questions ou de sujets à aborder pendant les entrevues;
  • Rédiger un protocole d’entrevue pour assurer la cohérence du processus, surtout si les entrevues sont réalisées par plusieurs personnes;
  • Expérimenter les protocoles et les questions des entrevues;
  • Finaliser la langage et les formes du consentement informé; et
  • Produire le protocole final, qui comporte des méthodes d’enregistrement des informations obtenues lors des entrevues grâce aux notes écrites et aux enregistrements audio ou vidéo.

 

Modèle de langage des formulaires de consentement informé pour les entretiens avec des victimes de la violence

Nous menons une recherche sur les expériences des femmes qui ont été victimes de la traite d’êtres humains pour [nom de l’organisation] afin de trouver les meilleurs moyens d’assurer leur accès à la justice. Nous souhaiterions nous entretenir avec vous au sujet de [indiquez le sujet général de discussion] et vous poser des questions sur [énumérez les principaux sujets qui seront abordés, y compris les informations sensibles qui leur seront demandées].

Je ne demanderai pas votre nom. Tout ce que vous me dites restera strictement confidentiel. Aucune donnée personnelle de nature à révéler votre identité ne sera rendue publique. Je n’utiliserai ni votre nom, ni le nom de la ville d’où vous venez, ni le nom du trafiquant responsable, ni des détails personnels sur votre famille. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Si certaines des questions posées vous rappellent de mauvais souvenirs, prenez votre temps pour répondre ou, si vous préférez, ne répondez pas du tout. Vos réponses sur les expériences que vous avez vécues permettront d’aider des femmes qui ont subi des expériences similaires et de satisfaire leurs besoins en matière de santé.

Nous avons évoqué les risques et les avantages potentiels de ce processus [rappeler les risques et les avantages mentionnés au cours d’un entretien précédent] et les moyens de réduire ces risques, comme [rappeler les solutions proposées pour réduire les risques évoqués dans un entretien précédent].

Vous ne devez pas participer au processus si vous ne le désirez pas. Si vous y consentez, vous serez libre de mettre fin à l’entretien à tout moment. Si vous ne désirez pas répondre à une question ou vous souhaitez me poser une question, n’hésitez pas à m’interrompre. L’entretien durera environ 30 minutes.

Acceptez-vous d’être interviewée?

Est-ce que c’est le bon moment et le bon endroit pour parler?

Source: Organisation mondiale de la santé. 2003. Ethical and Safety Recommendations for Interviewing Trafficked Women.

 

Formuler les questions de l’entretien

Les praticiens peuvent décider comme ils l’entendent de la formulation des questions pour recueillir des renseignements. Ainsi, les questions à poser lors des entretiens de l’entrevue peuvent aider à:

  • connaître la nature et l’ampleur des atteintes aux droits humains des femmes et des filles;
  • apprendre les causes et les facteurs de risque de violations des droits de l’homme et comment ils contribuent à exacerber ce phénomène;
  • apprendre les conséquences qui découlent des atteintes aux droits de l’homme;
  • cibler les problèmes structurels, comme les lois ou les systèmes;
  • obtenir des renseignements sur la manière dont se traduisent en pratique les lacunes législatives et les carences politiques relevées;
  • obtenir des précisions relatives aux procédures, directives, protocoles et formations and rappeler aux enquêteurs de se procurer lors des entretiens des exemplaires de tous les documents officiels ou de formulaires modèles;
  • rechercher des informations quantitatives pour obtenir des estimations, en demandant à la police ou aux magistrats de fournir le nombre d’actes de violences contre les femmes pendant une période donnée;                                      
  • apprendre quelles initiatives ont été prises par les organisations non gouvernementales et autres organisations pour faire face aux atteintes aux droits de l’homme; et
  • demander quelles sont les perceptions du public, quels sont les besoins des victimes et quelles sont les recommandations de changement.

En général, les indications suivantes devraient aider les praticiens à formuler les questions de l’entrevue:

  • Les questions doivent être ouvertes, non tendancieuses et non incendiaires. Utiliser le moins de questions possibles auxquelles on peut répondre par “oui” ou par”non”;
  • Éviter de formuler les questions en portant un jugement ou sur un ton agressif. Les praticiens doivent prévoir que les questions de l’entrevue portant sur la violence envers les femmes risquent de provoquer une vive émotion, ou, dans certains cas, d’encourager la personne interviewée à divulguer des mauvais traitements et des violences dont elle est victime; 
  • Formuler des questions qui soient brèves, faciles à comprendre, et les plus claires possible. Éviter l’utilisation du jargon, de l’argot, et de mots chargés d’émotion. Utiliser un langage courant, simple et des termes connus du répondant.
  • S’il y a lieu, ajouter une carte ou un diagramme pour faciliter le questionnement et les réponses relatives aux faits;
  • N’hésiter pas à demander à un expert ou à une autre personne compétente d’analyser et de critiquer la formulation des questions avant qu’elles ne soient posées pour assurer qu’elles sont adaptées et complètes;
  • Commencer par poser les questions les moins controversées et les moins délicates. Ainsi, demander dans un premier temps à votre interlocuteur de décrire son travail et ses responsabilités de manière à détendre l’atmosphère;
  • Établir l’ordre des questions les plus urgentes;
  • Encourager les récits d‘anectodes, sans compromettre la confidentialité. L’utilisation des expériences et des récits peut aider à illustrer et à accréditer les conclusions de l’entretien;
  • Être prêts à s’écarter, si nécessaire, des questions prévues pendant l’entretien pour obtenir des éclaircissements ou des renseignements supplémentaires.
En fonction de l’objectif fixé, les experts seront peut-être appelés à formuler des séries de questions différentes pour différentes catégories de personnes interviewées. Ainsi, il faudra peut-être prévoir des séries de questions séparées pour les magistrats, les procureurs, les policiers, les juristes, les militants locaux, les victimes, les auteurs de violence, les défenseurs des droits des femmes et les chefs religieux ou autres chefs communautaires. Dans l’affirmative, les praticiens doivent déterminer quelles sont les informations nécessaires, quelle peut être la nature des contributions de chaque groupe, et formuler des questions en conséquence.

 

Exemples de questions à poser lors des entretiens avec des informateurs clés (The Advocates for Human Rights, 2011)

Exemples de questions à poser aux procureurs en matière de violence domestique

Questions générales:

  1. Pouvez-vous décrire votre travail et domaine de responsabilité? Quelle est la taille de la population que dessert votre district? Combien de procureurs exercent leurs fonctions dans ce district?
  2. Depuis combien de temps êtes-vous procureur? Combien d’affaires  poursuivez-vous par an? Quels types d’affaires poursuivez-vous?
  3. Est-ce que vos services traitent des affaires d’agressions violentes entre mari et femme ou partenaires intimes?
  4. (S’il y a une nouvelle loi sur la violence domestique) Connaissez-vous la nouvelle loi sur la violence domestique? Quelles sont les responsabilités des procureurs qui en découlent?
  5. Pouvez-vous estimer le nombre de cas de violence domestique signalés tous les ans dans votre district? Combien de ces cas donnent lieu à des inculpations par an dans votre district? Est-ce que vous avez le personnel compétent pour engager des poursuites dans les affaires de violence domestique?
  6. Est-ce que vos services établissent des statistiques relatives aux affaires de violence domestique? Ces statistiques précisent-elles le sexe de l’agresseur et de la victime, le type de relation qu’ils entretiennent et la gravité des blessures?

Procédures de poursuites dans les affaires de violence domestique

  1. Quelles sont les lois relatives aux poursuites pénales dans les affaires de violence domestique?
  2. Quelles sont les politiques et quels sont les protocoles adoptés par vos services en matière de poursuites dans les affaires de violence domestique? Est-il possible de se procurer une copie de cette politique?
  3. Quelles sont les politiques et quels sont les protocoles adoptés par vos services en matière de poursuites dans les affaires de violence domestique? Est-il possible de se procurer une copie de cette politique?
  4. Quels sont les facteurs pris en compte pour déterminer s’il fallait poursuivre les crimes de violence domestique?
  5. Veuillez décrire la procédure complète de poursuite dans une affaire de violence domestique.
  6. Combien d’affaires de violence domestique sont rejetées tous les ans dans votre district? Quelles sont quelques-unes des raisons de votre refus de poursuivre des affaires de violence domestique? Quelle est la raison la plus courante de votre refus de poursuivre des affaires de violence domestique?Combien d’affaires de violence domestique classez-vous tous les ans? Quelles sont quelques-unes des raisons pour lesquelles vous classez des cas de violence domestique? Quelle est la raison la plus courante pour laquelle vous classez un cas de violence domestique?
  7. Combien d’affaires de violence domestique classez-vous par an? Quelles sont quelques-unes des raisons des non-lieux que vous prononcez dans les  affaires de violence domestique? Quelle est la raison la plus courante pour laquelle vous classez des affaires de violence domestique?
  8. Si l’affaire donne lieu à des poursuites, quel rôle y joue la victime? Que faites-vous si la victime ne désire pas continuer les poursuites ou y participer? Avez-vous besoin du témoignage de la victime pour continuer les poursuites?
  9. Si l’État n’engage pas des poursuites, est-il jamais arrivé que les femmes entament des poursuites privées?
  10. Quelles sont les preuves exigées pour prouver des blessures au tribunal?
  11. Est-ce que l’absence de preuves de maltraitance dans un rapport de police a-t-elle jamais fait obstacle aux poursuites des crimes de violence domestique?
  12. Y a-t-il un moyen d’obtenir des informations sur les actes de violence commis précédemment dans une affaire de violence domestique? Est-ce que les actes de violence commis précédemment influencent votre instruction du dossier?

Exemples de questions à poser aux magistrats en matière de violence domestique

Questions générales:

  1. Pouvez-vous décrire brièvement votre travail et domaine de responsabilité?
  2. Depuis combien de temps êtes-vous juge?
  3. Comment devient-on juge? Quel est le niveau d’études exigé pour devenir juge? Y a-t-il une obligation de formation continue? Avez-vous reçu des formations en violence domestique? Si tel est le cas, qui les a dispensées?
  4. [S’il existe une nouvelle loi sur la violence domestique] Avez-vous reçu une formation particulière à la nouvelle loi relative à la violence domestique? Savez-vous si tous les juges ont reçu une telle formation?

Procédures judiciaires dans les affaires de violence domestique:

  1. Est-ce que votre tribunal est saisi d’affaires de violence domestique?
  2. Connaissez-vous le pourcentage des affaires de violence domestique portées devant vous? Est-ce que vos services établissent des statistiques relatives aux affaires de violence domestique?
  3. Y a-t-il des tribunaux spécialisés dans le traitement des affaires de violence domestique dans lesquelles des ordonnances de protection sont demandées? Dans l’affirmative, est-ce que les juges qui traitent ces affaires reçoivent une formation spécialisée au moment de leur entrée en fonction ou à des intervalles réguliers dans l’exercice de leurs fonctions? Combien de juges traitent ces affaires? Quelle est leur charge de travail approximative?
  4. Y a-t-il des tribunaux spécialisés dans le traitement des affaires pénales de violence domestique, qu’il s’agisse d’affaires d’agression, de violations d’ordonnances de protection, ou autres délits comme le harcèlement ou la traque? Si tel est le cas, est-ce que les juges qui traitent ces affaires ont reçu une formation spécialisée à leur entrée en fonction ou à des intervalles réguliers dans l’exercice de leurs fonctions? Combien de juges traitent ces affaires? Quelle est leur charge de travail approximative?

Procédures pénales:

1. Est-ce que vous instruisez des affaires pénales d’agression en matière de violence domestique?

2. Quels sont les facteurs pris en considération dans la décision d’inculper pour crimes de violence domestique?

3. Quelles sont les peines qui peuvent être infligées aux auteurs de violence domestique? Quels sont les facteurs pris en considération dans la détermination de la peine après inculpation pour violence domestique? Quelle est la peine la plus courante? Est-ce qu’il vous arrive de sursoir à l’exécution des peines dans les affaires de violence domestique?

4. Quels sont les facteurs pris en considération pour fixer la caution d’un prévenu inculpé de crime de violence domestique?

5. Avez-vous connu une situation où l’auteur de violence semblait très dangereux? Quels sont les critères utilisés pour juger si la vie de la victime est en danger direct et immédiat? Comment réagissez-vous dans un tel cas?

6. Avez-vous recours aux évaluations de risque dans la détermination de la caution, de la remise en liberté ou de la peine infligée aux auteurs de violence domestique?

7. Avez-vous connu une situation où la victime de violences domestiques a elle aussi été arrêtée, inculpée et condamnée pour violence domestique? Pouvez-vous décrire pareille situation et ce qui est arrivé?

8. Si l’affaire est portée devant les tribunaux, quel rôle y joue la victime?

9. Quelle est la durée générale de la procédure pénale de règlement d’un litige relatif à la violence domestique?

10. Est-ce que l’absence de documentation sur le mauvais traitement pose problème dans les affaires pénales de violence domestique? Dans l’affirmative, comment et pourquoi?

11. Fait-on appel aux médecins légistes dans les affaires de violence domestique? Dans l’affirmative, quelle importance accordez-vous au certificat médico-légal? Est-il possible d’engager des poursuites sans un tel certificat? Est-ce qu’il arrive que conclusions des certificats médico-légaux soient remises en cause? Dans l’affirmative, que se passe--t-il?

12. Est-ce que des femmes engagent des poursuites dans les affaires de violence domestique sans l’aide de l’État? Dans quelle mesure ces poursuites sont-elles couronnées de succès?

Pour des renseignements concernant plus précisément l’évaluation des installations judiciaires, prière de consulter les sections ci-dessous sur les tribunaux spécialisés et la sécurité des tribunaux.

Élaborer un protocole d’entrevue

Un protocole offre une description générale du processus d’entrevue destinée à orienter l’enquêteur, accompagnée d’instructions précises sur son comportement au cours de l’entrevue. Le protocole doit comporter un texte d’introduction qui présente les enquêteurs et l’organisation, décrit l’objectif du projet, explique le mode d’utilisation des informations recueillies, précise ce que l’enquêteur peut ou ne peut pas faire avec ces informations, et explique les questions relatives à la confidentialité. Tous les protocoles doivent prévoir suffisamment de temps à la fin de l’entrevue pour permettre à l’enquêteur de:

  • demander à la personne interviewée si elle des noms à recommander pour une entrevue ou autres sources;       
  • demander si la personne interviewée n’a rien à ajouter;
  • accorder à la personne interviewée le temps de poser des questions à l’enquêteur.

Autres conseils pour mener des entrevues (Amnesty International et CODESRIA 2000)

  • Si les entrevues sont menées par des équipes mixtes, offrir toujours aux femmes interviewées l’occasion de s’entretenir seules avec des enquêtrices.
  • Être prêt à entendre les expériences personnelles de violence vécues par des femmes qui sont vos informateurs clés, même si elles n’ont pas été identifiées au départ comme des survivantes de la violence. Étant donné qu’une femme sur quatre est victime d’actes de violence au cours de son existence, il est très courant d’entendre des magistrats, des défenseurs des droits des femmes, des militantes, des législateurs, des agents de police et autres personnes de sexe féminin raconter les violences qu’elles ont subies.
  • Se rappeler que les allégations de violence sexuelle sont parmi les plus difficiles à examiner en raison de l’environnement social, culturel, moral et politique. Dans pratiquement toutes les sociétés, une femme ou une fille qui portent des allégations de viol, de violence sexuelle ou d’humiliation sexuelle, ont “beaucoup à perdre” et risquent de subir d’énormes pressions et l’ostracisme des membres les plus proches de leur famille et de la société en général.
  •  Adopter une politique d’utilisation de langage sexospécifique par les enquêteurs, notamment l’utilisation de mots et d’expressions qui n’occultent pas les expériences des femmes et des filles. Ainsi, il est possible d’utiliser des termes et titres génériques comme peuple, êtres humains, société, individuel, hommes et femmes, plutôt qu’homme, hommes ou humanité.
  •  Établir des relations de confiance avec les femmes interviewées, comprendre les cycles de la violence et à quel niveau en sont les femmes, avant d’aborder les questions sensibles.  

 

Palestine - Recueillir des données sur les crimes d’”honneur”

Le problème des crimes d’”honneur”, qui est une forme de fémicide, se situe à l’intersection des systèmes de justice formelle et informelle. Une organisation palestinienne de défense des droits des femmes, le Women’s Centre for Legal Aid and Counseling, qui s’était proposée de mener des campagnes d’information et de sensibilisation sur la question des crimes dits d’”honneur”, s’est heurtée à l’absence quasi totale de données sur la question. Eu égard au fait que les crimes d’”honneur” reposent sur le principe du rétablissement de “l’honneur” de la famille, la justice n’était pas alertée, les fichiers de police étaient souvent trompeurs, les chefs traditionnels ne souhaitaient pas en parler, les agresseurs demeuraient impunis et les femmes et les filles souffraient en silence. Le Women’s Centre a reçu une subvention du Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes pour réaliser une étude sur la question. Le Women’s Centre a eu recours à plusieurs méthodes de collecte de données, pas seulement sur le crime d’”honneur” lui-même, mais aussi sur le processus qui aboutit éventuellement au meurtre. L’équipe de recherche:

  • a interviewé des femmes qui sollicitent les services du Centre, des membres des familles des     survivantes, des responsables de la santé, des chefs religieux, des policiers, des magistrats et des représentants gouvernementaux.
  • a examiné des fichiers de police et des dossiers judiciaires.
  • a administré des questionnaires et
  • a documenté ses propres expériences en tant que prestataires de service.

Le rapport final contenait des informations sur le nombre d’affaires, les types d’affaires, des analyses des causes du phénomène et des récits individuels. L’étude a documenté le fait que le nombre des crimes dits d’”honneur” semblait être en hausse et que les femmes interviewées jugeaient leur situation de plus en plus accablante. La recherche d’évaluation a permis à l’organisation d’établir des rapports de confiance avec de nombreuses parties concernées, comme la police et des chefs religieux, et a directement influencé les propositions d’action qu’elle a présentées, notamment la création d’une banque de données relatives aux crimes d’”honneur” et un programme de formation intensive à l’intention des décideurs des secteurs formel et informel, comme les magistrats et les chefs spirituels. La collecte de données a également permis au Centre d’identifier les principales étapes du processus menant au crime d”‘honneur” où une intervention s’avère la plus efficace. Ainsi, le fait d’encourager la police (qui souvent entend parler d’un viol ou d’un autre incident susceptible d’entraîner un meurtre) à orienter des jeunes femmes vers le Women’s Centre avant de prévenir leur famille est apparu comme une stratégie efficace.

Source: Spindel, et al. 2000. With an End in Sight.

Pakistan - examiner les liens entre les jirgas et la violence à l’égard des femmes

Une étude intitulée The Role of Tribal Jirga in Violence Against Women (Rôle de la jirga tribale dans la violence à l’égard des femmes) a été menée en 2005 dans la province du Sind au Pakistan. L’étude a recouru à l’analyse documentaire, aux entrevues avec des informateurs clés, aux groupes de discussion et à la documentation d’études de cas pour examiner les liens entre les jirgas et les crimes d’”honneur”. Les questions posées aux personnes interviewées sur les pratiques de ce système de justice informelle sont reproduites ci-dessous. L’étude a abouti à l’élaboration de recommandations de modifications législatives qui ont été présentées aux autorités, à des programmes de formation des policiers et d’éducation aux droits légaux pour les hommes et les femmes.

Questionnaire

  1. Quel est le contexte historique du système tribal dans le Sind?
  2. Quel est le contexte historique du système jirga dans le Sind?
  3. Quels sont les mécanismes et/ou procédures actuels du système jirga, c’est-à-dire comment ce système est-il administré?
  4. Quel est le code tribal d’“l’honneur” et quelle est sa place dans le système jirga?
  5.  Quelle est la tradition du crime d”’honneur” (Karo Kari)?
  6.  Quel est le contexte historique de cette tradition?
  7.  Quelles sont, d’après vous, les causes profondes des crimes karo kari?
  8.  Quels sont les codes, règles et règlements de la jirga tribale qui régissent le traitement des cas de karo kari?
  9. Quel est le rôle des autorités dans les jirgas tribales et quels sont leurs jugements prononcés à l’égard des femmes, notamment dans les affaires de karo kari?
  10.  Quels sont les influences négatives (s‘il y en a) des jirgas tribales sur les cas de karo kari dans le Sind?
  11.  Quels sont les influences positives (s’Il y en a) des jirgas tribales sur les cas de karo kari dans le Sind?
  12.  Est-ce que les règles, codes et décisions des jirga tribales en matière de violence à l’égard des femmes s’alignent sur les dispositions de la justice formelle du Pakistan?
  13. Dans la négative, comment contreviennent-ils à la législation et à la constitution du Pakistan?
  14. Est-ce que la jirga tribale respecte les conventions internationales relatives aux droits humains et/ou droits des femmes?
  15. Dans la négative, quels sont les points et/ou domaines principaux où les codes, règles et jugements des jirgas contreviennent aux conventions internationales relatives aux droits de l’homme?
  16. Si les jugements proponcés par les jirgas tribales contreviennent à la législation nationale et aux normes et conventions internationales relatives aux droits de l’homme, que proposez-vous pour prévenir de telles violations?
  17. Quelles sont vos suggestions pour prévenir l’augmentation du nombre de cas de violence envers les femmes, notamment des cas de karo kari dans le Sind?

Source: Participatory Development Initiatives. 2005. Role of Tribal Jirga in Violence Against Women.

Ressources supplémentaires pour la recherche sur la violence à l’égard des femmes:

 Researching Violence Against Women: A Practical Guide for Researchers and Activists (PATH/OMS, 2005). Disponible en anglais. 

 Monitoring the Implementation of Domestic Violence Law: A Human Rights Methodology (The Advocates for Human Rights, 2011). Disponible en anglais et russe.

 International Violence Against Women Survey (Springer, 2008). Disponible en anglais.  Y figurent des questions de l’enquête dans ce domaine.

 Ethical and Safety Recommendations for Interviewing Trafficked Women (Organisation mondiale de la santé, 2003). Disponible en anglais.

 Priorité aux femmes: Principes d’éthique et de sécurité recommandés pour les recherches sur les actes de violence familiale à l’égard des femmes (OMS, 2001). Disponible en anglais, espagnol et français.

 Principes d’éthique et de sécurité recommandés par l’OMS pour la recherche, la documentation et le suivi de la violence sexuelle dans les situations d’urgence  (OMS, 2007). Disponible en anglais et français.

 A Methodology for Gender-Sensitive Research (Rights and Democracy, 1999). Disponible en anglais.

 Ukweli: Monitoring and Documenting Human Rights Violations in Africa (Amnesty International and CODESRIA, 2000). Disponible en anglais.

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