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Définir et hiérarchiser les buts

Une fois l’évaluation de l’enjeu terminée, l’analyse de la 1e étape doit permettre de mieux cerner l’enjeu et de définir avec plus de précision un, ou peut-être plusieurs buts et/ou résultats souhaités découlant des initiatives de réforme.

Les buts doivent refléter les changements souhaités dans la vie des femmes et des filles

Une déclaration d’objectif doit refléter les changements dans la vie des femmes et des filles qui découleront de la mise en oeuvre du programme. Les programmes qui visent à assurer la participation du secteur judiciaire à la lutte contre la violence envers les femmes reflètent souvent les buts communs énumérés ci-après:

  • Renforcer l’efficacité du secteur judiciaire dans la protection de la sécurité des victimes
  • Mettre fin à l’impunité de la violence à l’égard des femmes
  • Réduire les disparités entre les normes inscrites dans la constitution et les législations nationales et l’ensemble des normes internationales relatives aux droits de l’homme
  • Proposer des solutions de rechange aux pratiques qui nuisent aux femmes ou les rendent plus vulnérables
  • Écarter les justifications traditionnelles et religieuses de la violence sexiste
  • Modifier les pratiques existantes du système informel qui contreviennent aux législations officielles relatives à la violence envers les femmes
  • Réduire la discrimination envers les femmes dans le secteur de la justice
  • Augmenter la participation des femmes en tant que décideurs et animatrices dans le secteur de la justice
  • Rendre les femmes plus à l’aise avec les procédures de demande de réparation judiciaires
  • Améliorer les connaissances des principaux acteurs du secteur judiciaire en matière de violence envers les femmes et de droits humains des femmes
  • Renforcer la responsabilisation et la transparence dans le secteur de la justice
  • Charger le secteur judiciaire d’améliorer les processus de gestion de risques
  • Mieux sensibiliser le secteur de la justice aux besoins de la communauté
  • Renforcer le suivi et la surveillance du secteur de la justice
  • Veiller à ce que les femmes et les filles ne soient pas victimisées à nouveau par le secteur de la justice
  • S’assurer qu’une affaire traitée en vertu du droit religieux ou coutumier puisse néanmoins être portée devant le système public de justice formelle
  • Veiller à ce que les victimes ne soient pas forcées à recourir à un certain type de mécanisme judiciaire
  • Réduire la corruption

La rédaction des objectifs traités sous l’angle des droits de l’homme peut contribuer à assurer que les réalisations du programme sont quantifiables et utiles.

Eu égard aux exemples susmentionnés, plutôt que d’affirmer que le programme “réduira la corruption”, une approche axée sur les droits de l’homme décrira l’objectif comme suit: “Les femmes victimes de la violence peuvent recourir au mécanisme judiciaire de leur choix et obtenir des réparations rapides et effectives sans avoir à verser des pots-de- vin ou à offrir autres incitatifs aux décideurs et aux responsables”.

Voir un exemple de buts et objectifs concrets pour un programme de formation judiciaire.     

 La hiérarchisation des objectifs permet d’optimiser l’efficacité des programmes

Si l’évaluation donne lieu à la définition de plusieurs objectifs visés, les planificateurs devront en établir un ordre de priorité. Les considérations et les instructions suivantes devraient faciliter la réalisation de ce processus (PNUD, 2005, p. 27-28):

  • Quels sont les principaux objectifs des femmes et des filles les plus directement touchées?
  • Quels objectifs auraient un effet positif immédiat sur la sécurité et l’accès des femmes à la justice?
  • Désigner d’éventuels “fauteurs de troubles” et champions potentiels - quelles sont les perspectives politiques des actions à mener sur chaque  objectif de résultat?
  • Établir plusieurs échéances et classer les objectifs en court terme ou plus long terme.
  • Quels objectifs réalistes sont atteignables par des campagnes de sensibilisation lancées par votre organisation ou une coalition d’organisations?

   Il peut être difficile de se concentrer sur un projet réalisable, surtout lorsqu’une analyse du secteur en question révèle plusieurs enjeux qui touchent la sécurité et les droits fondamentaux des femmes et des filles. L’inclusion de parties concernées et de membres de la communauté dans le processus de hiérarchisation des résultats escomptés constitue une mesure importante susceptible de faciliter l’adhésion par avance aux actions programmatiques.

Une méthode de hiérarchisation participative est le classement par paires. Elle permet aux communautés et aux parties concernées d’examiner systématiquement toute une gamme de questions pour en désigner les plus importantes.

Instructions pour un classement par paires (RHRC Consortium, 2004)

En commençant par inscrire les enjeux et/ou questions et à les comparer systématiquement par paires, on construit une matrice qui permet aux membres de la communauté de comparer et d’opposer les problèmes qu’ils ont repérés. Chaque élément est successivement comparé aux autres, et, pour chaque paire, on choisit l’enjeu le plus important. Une fois la matrice complétée, il est possible de noter et de classer les questions et/ou enjeux du plus important au moins important. La procédure doit se dérouler comme suit:

Une fois que des liens ont été établis avec des membres d’une communauté donnée, présentez-leur l’exercice de classement par paires. Pour commencer, demandez-leur d’établir une liste de leurs réponses à une question précise et bien formulée telle que:

Quels moyens utilisent les femmes et les filles de cette communauté pour réclamer justice pour des actes de violence?

Le classement par paires peut également être utilisé pour hiérarchiser d’autres questions, comme les types d’interventions que la communauté considère être les plus efficaces pour réduire la violence envers les femmes et les filles. Dans un tel cas, voici quelques exemples des principales questions à poser:

À qui les femmes s’adressent-elles si elles subissent des violences?  

D’après vous, quels sont les moyens les plus efficaces pour tenir les agresseurs des femmes et des filles responsables de leurs actes? Si les participants signalent plusieurs problèmes regroupables sous la même rubrique, incitez-les à désigner une catégorie générale qui puisse englobler tous ces éléments.

Construisez une matrice (voir ci-après) et, à mesure que les participants désignent les obstacles que rencontrent les femmes pour obtenir justice contre la violence, marquez leurs réponses dans la colonne horizontale (la colonne qui traverse la page) en haut de la matrice. Une fois que les participants sont certains d’avoir donné le plus de réponses possible, arrêtez-vous et inscrivez la les mêmes réponses dans la colonne verticale (celle qui descend sur le côté gauche de la matrice), en commençant par la dernière  catégorie inscrite dans la colonne horizontale. Mettez un X dans les cases où les paires sont répétées. Par exemple, en regardant la matrice ci-après, les lettres A, B, C, etc., représentent chacune un obstacle de type différent désigné par les membres de la communauté. Les X représentent des cases où aucune hiérarchisation n’est nécessaire puisque d’autres cases ont déjà permis d’effectuer les mêmes comparaisons de A avec C, A avec B, et B avec C. Rappelez-vous qu’il n’est pas nécessaire d’établir un ordre de priorité à ce stade, vous n’avez plus qu’à y inscrire les problèmes qui concernent les femmes et les filles dans la communauté cible.

 

 

  1.  Commençant dans la partie supérieure gauche de la matrice, posez aux participants la question suivante: “Comparez le problème ou la question inscrits dans la ligne horizontale au problème ou à la question inscrits dans la colonne verticale. Quel(le) est le (la) plus important(e) et/ou la plus tangible des deux?” Laissez au groupe le soin d’en parler et inscrivez la lettre correspondant à la question la plus importante des deux dans la case.

  2. Continuez de comparer les problèmes inscrits dans les lignes de la matrice aux problèmes inscrits dans la première colonne. N’oubliez pas d’accorder au groupe suffisamment de temps pour en parler. Ces discussions permettront de dégager plusieurs critères de hiérarchisation individuels et les participants seront en mesure de commencer à comprendre pourquoi les avis des membres du groupe différent les uns des autres. Cette prise de conscience constitue l’aspect le plus important de l’exercice de classement par paires.
  3. Passez aux comparaisons “par paires” avec le problème dans la deuxième colonne des problèmes inscrits sur les lignes.
  4. Poursuivez le processus de classement par paires jusqu’à ce que toutes les cases de la matrice soient remplies.
  5. Compilez ensuite les résultats en comptant le nombre total de chaque type de violence et en inscrivant le résultat chiffré (décompte) dans la colonne correspondante. Hiérarchisez ensuite les problèmes. La première priorité va au problème qui a reçu la note la plus élevée, la seconde priorité concerne le problème suivant, et ainsi de suite.
  6. Examinez avec les participants l’ordre de priorité qui en a résulté. Surtout, à la lumière des discussions et du processus, demandez aux participants s’ils pensent que la hiérarchisation reflète la réalité (par exemple, si un groupe communautaire décide de lancer un programme de sensibilisation axé sur les droits, aura-il le soutien du reste de la communauté? Pourra-t-il compter sur sa participation? Est-ce que le programme correspond aux besoins de la communauté?)
  7. N’oubliez pas d’enregistrer la production visuelle, en précisant le lieu, les dates, les noms des participants et, si possible, en fournissant une description narrative du processus et une explication des données.

Une autre méthode de hiérarchisation des priorités et des activités apparentées est la visualisation d’une situation représentée sous la forme de puits et d’échelles. 

Instructions pour les puits et les échelles  (CARE, 2004)

À l’aide d’une image d’une simple échelle, les organisations peuvent représenter le problème qu’elles rencontrent sous la forme d’un puit dont elles doivent s’extraire par des activités programmatiques. L’objectif est d’atteindre le haut du puit, auquel la communauté pourra parvenir une fois le programme mené à bien. Les barreaux de l’échelle représentent les étapes que le programme devra franchir pour réaliser les changements souhaités. 


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