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Dernière modification: July 03, 2013

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  • La violence à l’égard des femmes et des filles dans les situations de conflit a été décrite comme « l’un des grands silences de l’histoire » (Rapporteuse spéciale sur la violence à l’égard des femmes, 2005, citée dans Ward, 2005, p. 67). Si les conflits armés tuent dans l’ensemble plus d’hommes que de femmes, les femmes et les filles sont affectées de manière disproportionnée par certains types de violence, telles que les violences sexuelles et sexistes, et par d’autres conséquences de la guerre, notamment le déplacement et la perte de moyens d’existence.

  • Au cours des deux décennies écoulées, l’ampleur et les effets des VFFF dans les situations de conflit ont suscité des préoccupations croissantes au sein des organisations humanitaires et des opérations de maintien de la paix. Il a également été reconnu de plus en plus largement que les VFFF ont des effets négatifs durables sur les individus et les collectivités et qu’elles minent gravement le respect des droits de l’homme universellement acceptés et les garanties de protection de la personne qui sont les fondations des interventions humanitaires.

  • L’analyse du problème des VFFF dans les situations de conflit se concentre souvent sur la violence au cours des conflits. Toutefois, les études sur les situations d’urgence prennent généralement en considération un cadre temporel bien plus large pour l’action humanitaire et distinguent parfois les diverses phases de la situation d’urgence : pré-crise (avant la survenue de la catastrophe); crise (survenue ou paroxysme de la catastrophe, causant souvent des déplacements de population importants); stabilisation (après que l’on a répondu aux besoins immédiats); et retour/relèvement (phase de retour chez elles des personnes déplacées et/ou de reconstruction des systèmes et des structures pour assurer la reprise du développement). Il est important de comprendre que toutes ces phases se chevauchent et qu’un retour en arrière est possible, c’est-à-dire qu’après avoir atteint une stabilité relative, on peut retomber dans une phase de conflit périodique. Cela fait que le travail mené au cours de chaque phase comporte souvent des activités de planification en vue des autres phases.  

Illustration extraite de CARE, “Building Partnerships for Health in Conflict-affected Settings” [Formation de partenariats pour la santé dans les situations de conflit], mai 2007, pp 9-10.

  • Tout cadre complet de prévention des VFFF et de réponse aux VFFF doit tenir compte de tous les stades des interventions humanitaires et s’efforcer de prioriser les programmes en conséquence (pour de plus amples informations sur la prévention des VFFF et la réponse aux VFFF en fonction des différentes phases des conflits, voir les sections IV, VII et VIII). Le tableau ci-dessous donne un aperçu général des différents types de violence pouvant survenir aux diverses phases des conflits. Il n’a qu’une valeur illustrative et les types de violence peuvent varier considérablement selon le contexte.

Phase 

Type de violence

Pendant le conflit, avant l’exode

Le viol, arme de guerre; Agression/exploitation sexuelle par les combattants et des membres de la communauté; Prostitution forcée; Violence domestique accrue;  Traite des personnes; Féminicide; Mariage précoce ou forcé

Au cours de l’exode

Agression/exploitation sexuelle par des bandits, des garde-frontières, des soldats;    

Traite des personnes; Prostitution forcée

Dans le pays d’accueil

Agression/exploitation sexuelle par des personnes en position d’autorité telles que représentants des camps, officiels du pays hôte (officiers de police), agents humanitaires, familles d’accueil; Violence domestique; Agression sexuelle lors de la corvée de bois, d’eau, etc.; Mariage précoce ou forcé; Traite des personnes;   

Activité sexuelle pour survivre (cartes de rationnement, vêtements, etc.)

Au cours du rapatriement

Agression/exploitation sexuelle des femmes et des filles séparées de leur famille; Agression/exploitation sexuelle par des personnes en position de pouvoir, notamment fonctionnaires de l’État et agents humanitaires; Agression/exploitation sexuelle par des bandits, garde-frontières, soldats

Au cours de la réinsertion, en phase de post-conflit

Agression sexuelle contre les rapatriés/personnes de retour à titre de représailles; Traite des personnes; Violence domestique; Exploitation sexuelle

Source: Adapté de UNFPA, Guide d’accompagnement de la formation en ligne pour la prise en charge de la violence basée sur le genre dans les situations d’urgence, 2011.

  • Il est difficile d’obtenir des données fiables sur la prévalence et l’ampleur des différents types de VFFF lors des diverses phases des conflits. Toutefois, les données disponibles s’accroissent et viennent mettre en évidence l’ampleur du problème.Une étude de prévalence menée en 2010 dans l’est de la RDC a constaté que près de 40% des femmes de la région étaient des survivantes de violences sexuelles.
    • Dans le conflit colombien, selon l’Unité des victimes (instance gouvernementale), les femmes autochtones et afro-colombiennes sont visées de manière disproportionnée par les agressions: 76% des victimes d’homicides au sein des populations autochtones et 66% des victimes d’homicides chez les Colombiens noirs/d’origine africaine sont des femmes.
    • Selon les estimations, le nombre de femmes violées au début des années 1990 au cours de la guerre en Bosnie-Herzégovine se situe entre 20 000 et 50 000.
    • Au Rwanda, à l’époque du génocide de 1994, la vaste majorité des femmes tutsi ont vraisemblablement été exposées à une forme ou une autre de violence sexuelle; on estime que parmi ces femmes, 250 000 à 500 000 ont survécu au viol.
    • Environ 50 000 à 64 000 femmes déplacées dans le pays au cours des conflits en Sierra Leone ont fait état d’agressions liées à la guerre.
    • Une étude menée en 1995 au lendemain des conflits au Nicaragua a révélé que 50% des femmes interrogées avaient été battues par leur mari et que 30% avaient été contraintes d’avoir des rapports sexuels.
    • 66,7% des participantes à un sondage sur la violence domestique mené en Sierra Leone en 1998 avaient été battues par un partenaire intime.
    • Selon un sondage officiel de 1999, 37% des prostituées de la Sierra Leone avaient moins de 15 ans et plus de 80% étaient des enfants non accompagnées ou déplacées.
    • Des recherches entreprises en 2000 par le Centre de documentation sur les droits de l’homme et l’Union des femmes birmanes ont estimé à 40 000 par an le nombre de Birmanes victimes de la traite des femmes qui se retrouvent en Thaïlande dans des usines et des maisons de prostitution ou chez des particuliers en tant que domestiques.
    • Une étude de 1999 sur les réfugiées palestiniennes a indiqué que 29,6% de ces femmes avaient été battues au moins une fois dans leur ménage, les maris étant les principaux auteurs des faits, et que 67,9 % des enfants avaient été battus au moins une fois, dans la quasi-totalité des cas par leurs parents.
    • Dans une étude de 2000 menée par les Centers for Disease Control des États-Unis, 25% des Azerbaïdjanaises interrogées ont reconnu avoir été contraintes à des rapports sexuels; les femmes les plus à risque étaient les personnes déplacées dans le pays, dont 23% ont reconnu avoir été battues par leur mari.
    • Des milliers de Congolaises, filles et femmes, souffrent de lésions tissulaires au vagin, à la vessie et au rectum après avoir subi des viols d’une extrême brutalité dans lesquels des armes à feu et des branches d’arbres ont été utilisées pour les violer. Un sondage des survivantes de viols dans la province du Sud-Kivu a révélé que 91% d’entre elles souffrent d’au moins une affection liée au viol.

    • En 2003, 74% d’un échantillon de 388 réfugiées libériennes vivant dans des camps en Sierra Leone ont signalé avoir été victimes d’agressions sexuelles avant leur déplacement et 55% au cours de leur déplacement.

 

(Données provenant de IRIN, “Broken Bodies, Broken Dreams: Violence Against Women Exposed” /« Corps meurtris, rêves brisés: la violence à l’égard des femmes mise à jour »], 2006, et “The Shame of War” [« La honte de la guerre »], 2008; UNFPA, Prise en charge de la violence basée sur le genre dans les situations d’urgence – Guide d’accompagnement de la formation en ligne, 2011.)

  • L’une des difficultés des tentatives d’appréciation de l’ampleur du problème de la violence à l’égard des femmes et des filles dans les situations de conflit tient à ce que la majorité des incidents de VFFF ne sont généralement pas déclarés dans ces situations, en partie en raison de l’opprobre attaché à ces crimes, mais en partie aussi du fait du manque de services de santé et autres pendant les crises et à leur suite immédiate.

  • En outre, les statistiques recueillies durant les situations de conflit sont peu fiables, les systèmes qui permettraient de collecter les données périodiquement faisant défaut, comme le font également la sécurité et l’infrastructure nécessaires pour procéder à un recueil ponctuel de données, en menant par exemple des enquêtes de population auprès des ménages. Les déplacements des populations et le retour de celles-ci dans leurs foyers ont pour effet de réduire à néant la validité des données censitaires et des sondages antérieurs, lorsqu’il y en avait, et de faire obstacle à l’établissement d’un échantillon randomisé pour effectuer de nouveaux sondages. Les dossiers de police souffrent de lacunes, d’erreurs et de taxinomies inutilisables. Les institutions judiciaires sont trop faibles ou dévastées par les conflits pour effectuer un suivi statistique des affaires de violence sexiste ayant fait l’objet d’enquêtes et de poursuites ainsi que de leur issue. Viennent encore compliquer le problème les difficultés logistiques du simple déplacement dans les pays concernés et des périodes prolongées durant lesquelles des régions entières sont inaccessibles en raison des conditions météorologiques ou de l’insécurité.

  • L’obtention de données spécifiques sur la prévalence des violences sexuelles et autres ne doit pas être une priorité au début des situations d’urgence Vu le taux élevé de sous-déclaration et les risques pour la sécurité associés à l’obtention de données, la priorité à retenir doit être l’application dès que possible de mesures de prévention et de réponse. (Pour de plus amples informations sur la recherche sur la violence à l’égard des femmes, voir les indications de la section VI sur la conduite des évaluations sur les VFFF dans les situations de crise humanitaire.)


Ressources complémentaires

Amnesty International. 2004. Halte à la violence contre les femmes: les crimes commis contre les femmes lors des conflits armés [Disponible en français et en anglais sous le titre ‘Lives Blown Apart: Crimes Against Women in Times of Conflict’. Amnesty International, Londres.

International Committee of the Red Cross/Comité international de la Croix-Rouge. 2001. Les femmes face à la guerre [Disponible en français et en anglais sous le titre ‘Women Facing War’, CICR, Genève.

UNIFEM, 2002. Women, War and Peace. Progress of the World’s Women. Disponible en anglais; résumé analytique disponible en français.

OCHA/IRIN, 2005. Corps meurtris, rêves brisés: la violence à l’égard des femmes mise à jour. Disponible en français et en anglais sous le titre Broken Bodies, Broken Dreams: Violence Against Women Exposed. Voir le chapitre 13 sur la violence sexuelle en temps de guerre.

Vlachova, M. and Biason, L. (eds), 2005. Women in an Insecure World: Violence against Women Facts, Figures and Analysis (DCAF). Disponible en anglais et résumé analytique disponible en français sous le titre Femmes dans un monde d’insécurité.

USAID, 2006. “Understanding the Issue: An Annotated Bibliography on GBV” [Comprendre le problème: bibliographie annotée sur la violence sexiste]. Disponible en anglais.

Ward, J., “If not now, when? Gender-based Violence in Refugee, Internally Displaced and Post-Conflict Settings: A Global Overview” [[Si pas maintenant, quand ? Face à la violence sexiste dans les situations de réfugiés, de personnes déplacées et de post-conflit]. Disponible en anglais. (RHRC, 2002).

RHRC Consortium. GBV Bibliography: Background/Context [Bibliographie de la violence sexiste: Historique/Contexte]. Disponible en anglais.

Vann, B., “Gender-based Violence: Emerging Issues in Programs Serving Displaced Populations” [La violence sexiste: problèmes émergents dans les programmes desservant les populations déplacées] (JSI/RHRC, 2002).  Disponible en anglais.

Stark, L. & Ager, A. 2011. A Systematic Review of Prevalence Studies of Gender-Based Violence in Complex Emergencies [Examen systématique des études sur la violence sexiste dans les situations d’urgence complexes], in Trauma, Violence & Abuse,12(3) pp. 127-134Disponible en anglais.

Heineman, Elizabeth D. (ed.), 2011. Sexual Violence in Conflict Zones from the Ancient World to the Era of Human Rights. A volume in the Pennsylvania Studies in Human Rights Series [La violence sexuelle dans les zones de conflit, de l’Antiquité à l’ère des droits de la personne. Volume de la série des Études de Pennsylvanie sur les droits de la personne]. Disponible en anglais.

International Rescue Committee/Comité international de secours. 2010. “Let me not die before my time: Domestic Violence in West Africa” [Que je ne meure pas avant mon heure: la violence domestique en Afrique de l’Ouest]. Disponible en anglais.

ACCORD. 2012. An overview of the situation of women in conflict and post-conflict Africa [Aperçu de la situation des femmes en Afrique en temps de conflit et de post-conflit]. Disponible en anglais.