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Programmes « Compétences de la vie courante » destinés aux enfants et aux adolescents

Dernière modification: December 13, 2013

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  • Les programmes « compétences de la vie courante » sont les programmes qui tentent de renforcer les capacités des personnes à prendre des décisions et à agir d’une manière positive qui leur apportera des bienfaits, ainsi qu’à leur entourage. Leur objectif principal est de promouvoir le bien-être psychologique et physique. Un exemple populaire d’intervention dans ce domaine est l’instauration de programmes qui cherchent à donner aux jeunes les moyens de faire des choix sains et responsables en matière de santé de la procréation, et tout particulièrement par rapport aux risques de contracter le VIH/sida. Les programmes « compétences de la vie courante » sont également prometteurs en tant que stratégie de prévention de la violence envers les femmes et les filles, dans la mesure où les compétences de la vie courante peuvent résoudre des problèmes individuels et interpersonnels qui favorisent les actes de violence (McCauley et al., 2010).  Les programmes « compétences de la vie courante » liés à la violence envers les femmes et les filles sont relativement nouveaux dans les situations de conflit, mais il en existe quelques exemples qui permettent la création d’une base de connaissances en matière de bonnes pratiques.
  • Les conflits peuvent exposer les jeunes à un mélange nocif de violence, de pauvreté et d’oisiveté. Sans solutions viables ni exemples à suivre, les jeunes risquent de se rallier à des idéologies militarisées et de perpétuer un cycle de violence dans leurs relations et au sein de leur communauté.  D’un autre côté, lorsqu’on leur apporte des ressources et un soutien suffisants, les jeunes peuvent se transformer en participants importants et en leaders dans tous les processus de reconstruction.
  • En s’adressant aux jeunes garçons et filles par le biais de programmes « compétences de la vie courante », aussi bien dans le cadre scolaire qu’en dehors du système scolaire, on leur donne la possibilité d’acquérir des compétences en leadership et de suivre une formation professionnelle, et on intègre des éléments relatifs à l’autonomisation des filles et des jeunes femmes. Ces programmes contribuent à l’évolution des normes sociales et provoquent des changements sociaux pour la prochaine génération d’enfants. Voici quelques directives à prendre en compte lors de la mise en œuvre de programmes destinés aux enfants et aux adolescents (adaptées de McCauley et al., 2010) :
  1.  
    1. Les programmes qui enseignent les compétences de la vie courante et le leadership et qui luttent contre la violence envers les femmes et les filles doivent reposer en grande partie sur les théories du développement de la jeunesse, de la prévention de la violence et de la modification des comportements liés à la santé.
    2. Il convient de réaliser une analyse de la situation ou une évaluation des besoins avant l’élaboration du programme afin de comprendre les besoins et les souhaits d’une communauté et de déterminer quelles infrastructures existent et quelles infrastructures doivent être mises en place.
    3. Il convient également de fournir aux filles des endroits sûrs où se réunir, apprendre, bâtir une communauté et acquérir des compétences.

Étude de cas : Le programme « Espas Pa Mwen » du Réseau pour les adolescentes haïtiennes

En 2010, le Réseau des adolescentes haïtiennes a lancé un programme intitulé « Espas Pa Mwen », soit « Mon espace » en créole, pour s’attaquer au problème de « l’urgence manquée », comme elles l’ont nommé, auquel étaient confrontées les adolescentes à Haïti à la suite du séisme. De nombreuses adolescentes ont expliqué qu’elles ne se sentaient jamais totalement en sécurité et qu’elles n’avaient nulle part où s’exprimer. Sans cette infrastructure, les adolescentes ne pourraient pas bâtir le capital social et les actifs économiques qui leur manquent tellement. Les programmes « Espas Pa Mwen » mis sur pied en 17 endroits différents par une quarantaine d’organisations permettent à plus de 550 adolescentes de passer quelques heures par semaine en compagnie de leurs semblables, à apprendre et jouer. Avec l’aide de 36 mentores venant de leur communauté, elles se concentrent sur leurs centres d’intérêt, l’acquisition de compétences et leurs compagnes.

Les mentores restent disponibles en permanence et constituent un lien sûr entre les adolescentes et la société. Elles aident les adolescentes à accéder aux services, à négocier leur situation familiale, et à se trouver leur place en milieu scolaire et dans une communauté peu sûre. Elles leur enseignent aussi un programme de base, comprenant notamment 30 heures de cours en français et en anglais dans les domaines de la santé sexuelle et de la procréation, du leadership, de l’engagement communautaire, de la prévention et la lutte contre la violence, du soutien psychosocial, des finances, et de l’eau et l’assainissement. Le coordonnateur du Réseau élabore ce programme pédagogique, organise les ressources et leur offre un soutien technique. Afin de pouvoir faire bénéficier les adolescentes de cette approche spécifique, des ONG internationales ont mobilisé des ressources et le Réseau pour les adolescentes haïtiennes a créé un fonds de petites subventions pour soutenir des organisations communautaires et locales, prévoyant que celles-ci octroient une rémunération aux mentores et créent des espaces destinés aux adolescentes.

Au bout d’un an, les dirigeants d’« Espas Pa Mwen » ont tiré plusieurs enseignements de leur expérience :

  • Un environnement d’apprentissage collaboratif doit être créé avec prudence, car les organisations qui interviennent dans des situations d’urgence ne collaborent pas souvent en toute confiance.
  • Le rôle joué par le coordonnateur du réseau dans la gestion des acteurs à différents niveaux est vital.
  • Le nombre d’organisations participantes qui décident de mettre en œuvre un programme axé sur les adolescentes est aussi important que le nombre d’adolescentes qui participent à ces programmes, puisqu’il est le signe d’une nette évolution de la culture de ces organisations.
  • La définition de zones de recrutement des adolescentes — parfois rendue possible par l’utilisation du GPS pour réaliser une enquête en porte-à-porte — permet un recrutement ciblé. En effet, le recrutement basé sur la demande peut ignorer une importante proportion d’adolescentes, parfois moins visibles.
  • Les adolescentes ont répondu à un programme combinant la santé et l’acquisition de compétences sociales et économiques, et elles ont témoigné un intérêt pour le contenu financer du programme.
  • Le Réseau pour les adolescentes haïtiennes insiste pour que les mentores soient rémunérées, ce qui est une manière de reconnaître que les jeunes femmes constituent une ressource importante et qu’elles sont souvent confrontées aux mêmes pressions que les adolescentes dont elles s’occupent. Cette condition a engendré des résistances du chef des organisations habituées à employer des mentors bénévoles.
  • Un lieu de rencontre déterminé doit garantir à la fois la sécurité physique et l’intimité des jeunes filles. Généralement, les membres du réseau trouvent un endroit qui peut réservé aux adolescentes à des moments précis.

Pour de plus amples informations, voir la page du site d’IRC consacrée au Programme Espas Pa Mwen.

 

Source : Extraot de Siddiqi, A. 2012. « Missing the Emergency: Shifting the Paradigm of Relief to Adolescent Girls. » The Coalition for Adolescent Girls. p. 6.

 

4. Chercher à savoir s’il est plus approprié de recourir à un modèle axé sur l’école ou à un modèle ciblant les jeunes non scolarisés pour atteindre la population cible. Inclure une analyse des coûts, des infrastructures dont dispose la population cible, et des grands objectifs du programme 

5. Comme la violence envers les femmes et les filles trouve ses racines dans les normes culturelles édictées par les relations personnelles, une stratégie doit être élaborée pour susciter l’engagement des membres de la communauté au-delà de la population cible (les familles d’adolescentes). L’intégration des médias représente une stratégie viable pour catalyser un changement de normes sociales.       

6. Faire participer des jeunes à l’élaboration du programme si l’éducation par les pairs et la participation des jeunes sont essentielles à la mise en œuvre du programme. La collaboration avec les organisations au service des jeunes peut fournir un accès précieux aux jeunes et aux espaces favorables aux jeunes, qui peuvent accueillir le programme.   

  1. Il est possible de renforcer l’efficacité de l’enseignement des compétences de la vie courante en le combinant à des programmes d’amélioration des moyens de subsistance tels que des programmes en faveur de l’emploi, des programmes de formation professionnelle ou des programmes de crédit qui visent tous la durabilité à long terme.
  2. Élaborer une stratégie claire de maintien du programme, expressément adaptée aux besoins des adolescentes de la communauté cible. Beaucoup de filles éprouvent des difficultés à participer à ces programmes en raison de leurs responsabilités à la maison et au sein de la communauté ainsi que du risque d’agression sur le chemin de l’école.
  3. Tous les programmes d’enseignement des compétences de la vie courante doivent faire l’objet d’un suivi sérieux et leur efficacité être évaluée, de sorte que la recherche puisse orienter l’élaboration des programmes « compétences de la vie courante » à venir. Peu de programmes « compétences de la vie courante », surtout de ceux qui luttent contre la violence envers les femmes et les filles, ont été évalués.

Étude de cas : Preventive Activities and Training that Work for At-Risk Youth (Activités de prévention et formations utiles pour les jeunes à risque, ou PATHWAY)

Ce programme a été conçu et mis en œuvre, avec le soutien financier d’USAID, par l’American Refugee Committee (ARC), qui a travaillé de 2005 à 2007 en Guinée forestière. Le projet avait pour but de promouvoir la réconciliation et d’apaiser le conflit dans les régions frontalières de la Guinée, une zone caractérisée par un haut niveau de violence envers les femmes, en proposant aux jeunes des formations en compétences de la vie courante orientées vers la prévention des conflits. De plus, PATHWAY a favorisé l’accès de jeunes à risque à des opportunités économiques en supprimant les incitants économiques au conflit.

L’un des objectifs généraux du programme consistait à inciter les jeunes à résister à la tentation de se livrer à la violence. Cet objectif a été atteint grâce à deux sous-objectifs principaux : (1) des incitants économiques et (2) l’apprentissage de techniques de maîtrise de soi et l’adoption d’attitudes positives. Le premier sous-objectif a été atteint avec l’aide de maîtres artisans qui ont accueilli des apprentis et d’organisations économiques et pédagogiques locales sélectionnées pour former ou employer les jeunes. Plus de 1000 jeunes ont été formés par les maîtres artisans. Ils ont acquis des compétences dans les domaines de la menuiserie, de la confection, de la coiffure et de l’électronique. Des modules de préparation à la vie active basés sur les résultats d’une évaluation des besoins ont contribué à atteindre le second sous-objectif, qui portait sur la maîtrise de soi, les attitudes positives et la capacité à faire face aux problèmes de la vie. 14 maîtres formateurs recrutés par ARC ont assuré l’enseignement de ces modules. Le Module 1 comprenait des concepts tels que la conscience de soi, l’identification de ses atouts personnels, l’adoption d’attitudes positives et l’établissement de relations saines. Les deuxième et troisième modules portaient sur la prévention des conflits et l’autonomie, notamment grâce à des compétences commerciales. Les quatrième et cinquième modules concernaient respectivement la santé et le bien-être, et sur le leadership communautaire, notamment la prise de décisions et la gestion des conflits. Les maîtres formateurs ont eu recours aux jeux de rôle, aux discussions de groupe et à d’autres méthodes de formation pour enseigner le contenu de ces modules à 250 animateurs jeunesse qui ont à leur tour enseigné le contenu des modules à 5000 jeunes, répartis en groupes de 20 à 25 personnes qui suivaient au total vingt heures de formation. Il était prévu que ce programme soit confronté à un problème : la faible participation des jeunes filles aux débats et aux discussions. Ainsi, les animateurs jeunesse ont appris à aider les participants timides ou manquant d’assurance, et surtout à encourager les filles. Toutefois, seuls 25 pour cent des jeunes participant aux programmes PATHWAYS étaient de sexe féminin.

En deux ans, ces modules de préparation à la vie active ont touché au total 11 000 jeunes de 16 à 35 ans. Les résultats du programme sont encourageants, puisque plus de la moitié des participants ont rapporté une amélioration générale de la prévention des conflits et la baisse du taux de pauvreté. Au cours des première et deuxième années, respectivement, 36 et 58 pour cent des jeunes ont rapporté un renforcement de la sensibilisation à la violence basée sur le genre et un déclin global du nombre de cas de violence domestique ou sexuelle déclarés.

Pour de plus amples informations sur le programme PATHWAY, voir le rapport complet.

 

Source : McCauley, H., Falb, K., & Silverman, J. 2010. « Addressing Gender-Based Violence Through Life Skills and Leadership Education Among Adolescent Girls in Africa: Technical Review for the International Rescue Committee. »  

 

Ressources complémentaires :

Promoting and Protecting Adolescent Girls (Commission des femmes pour les réfugiés) Présentation PowerPoint.

Promoting the Protection and Empowerment of Girls in Dadaab, Kenya (Comité international de secours et Conseil de population) Présentation PowerPoint et trousse à outils.  

Economic Strengthening to Mitigate Risk of GBV for Adolescent Girls in Emergencies (UNICEF et Commission des femmes pour les réfugiés) Présentation PowerPoint.

Dancing in the Storm: A Girls Empowerment Framework in Zimbabwe (UNICEF) Présentation PowerPoint.